Session Automne 2013 epilogue

Epilogue

Les cendres retombent peu à peu, la lumière aveuglante s’estompe. Le bruit de la sourde détonation se perd progressivement dans le vide environnant.

Sous sa forme monstrueuse, Orock vient d’imploser. La gigantesque carcasse chimérique dans laquelle il s’était incarné s’est écrasée contre le sol. L’esprit du dieu qui l’animait s’en est allé. A l’échelle de la réalité, sa fin n’a précédé que de quelques minutes celle de sa sœur Ylia. Mais dans le monde des rêves où le cataclysme s’est produit, il s’est agi d’un affrontement long de plusieurs heures entre les dieux jumeaux et les mortels venus les défier.

Que de chemin parcouru pour ces fidèles partis à l’aventure sans savoir ce qu’ils allaient y trouver. Dans le sud, Orockiens et Yliens s’étaient rapidement accordés à penser que la guerre devait prendre fin et qu’il fallait tenter de raisonner les dieux eux-mêmes. Artaxès et ses suivants, eux qui avaient amené tant de Chimères depuis le monde des rêves vers le monde réel, acceptèrent de tenter le tout pour le tout. Il fallu trouver un sommeil suffisamment long pour que son sujet ne se réveille pas avant l’accomplissement de leur mission. Ironie du sort, Ylion et son profond coma furent tout désignés.

Au nord, le temps était plus que jamais compté. Thoracle dut se résigner à envoyer à la rencontre d’Ylia des héros de la première heure, ceux-là même qui avaient répondu à son appel aux commencements de la guerre. Avait-il eu d’autres choix ? Quels chevaliers de l’ordre des Oniriques lui restait-il à portée de main ? Que l’Extracteur parvînt seulement à approcher la déesse, celle-ci l’aurait écharpé sur-le-champ : n’était-il pas l’un des principaux responsables de l’extraction des souvenirs de Rebekah ? Le Rédempteur et le Veilleur avaient péri. Ylion gisait dans le sud entre la vie et la mort. Kainth ? Il n’avait donné aucun signe de vie depuis le réveil de l’enfant. Quant à Adèle, elle croupissait dans sa geôle en attendant d’être jugée pour haute trahison. Cela jusqu’à ce que les insurgés, battant le pavé devant la haute tour du vieil homme-bête, prennent d’assaut sa prison, en ouvrent les grilles et adoptent pour chef et symbole de leur contestation l’intéressée.

Non, décidément, Thoracle n’avait pas eu le choix. Tout au plus pouvait-il compter sur la distorsion du temps entre les deux mondes, qui accordait plusieurs heures, sinon plusieurs jours d’investigation aux voyageurs oniriques improvisés qu’il jetait ainsi vers un destin inconnu.

Des novices envoyés à l’abattoir pour raisonner une déesse furieuse… Avaient-ils seulement la moindre chance de succès ?

Chaque minute passée à tergiverser voyait les émeutiers gagner du terrain, d’abord dans la cour centrale, bientôt jusqu’aux portes de la haute tour.

Non, décidément : Thoracle n’avait pas eu le choix…

Orock et Ylia sont jumeaux. Rêvent-ils en permanence ? Sont-ils l’incarnation même d’un rêve ? Bien qu’ils aient atterri dans des lieux séparés, les membres des deux groupes ont rapidement compris qu’ils avaient en réalité atterri au même endroit. Les Jumeaux ne sont qu’un et paire à la fois. Le frère diffère de la sœur, mais tous deux semblent partager une essence commune.

Alors qu’ils erraient dans le songe piégé de leurs propres dieux, Yliens et Orockiens ont finalement trouvé leur salut en rencontrant un drôle de personnage qui paraissait inaltérable, mais surtout capable de passer de l’une à l’autre des deux parties du rêve. Un gros bonhomme obsédé par l’or et les bonnes affaires, et qui répondait au nom de Jomo. C’est ce même Jomo qui, en dépit de sa frousse des Jumeaux, est parvenu à ouvrir un passage aux mortels pour leur faire rencontrer Orock et Ylia.

La conversation qui s’ensuivit leur paru irréaliste, les exigences des Jumeaux des plus inflexibles, leur raisonnement totalement paradoxal. Aucun des deux ne voulait entendre parler de son double, sous peine d’entrer dans une colère folle. Aucun des deux n’acceptait non plus qu’on menaça son double, sous peine d’entrer dans une colère plus folle encore. Peu à peu, les mortels comprirent vite les craintes véritables du frère comme de la sœur. Le premier ne se souciait pas réellement que le monde des rêves et le monde réel ne fassent qu’un. La seconde se fichait éperdument que « l’ordre naturel des choses » demeurât intact.

Les maudits Jumeaux craignaient pour leur propre existence. De simple mortels n’avaient-ils pas réussi à les approcher, à leur parler et bientôt à leur tenir tête ? Bien vite le ton monta, et cela jusqu’au chant des lames…

Lorsque la carcasse d’Orock s’écrasa contre le sol dans un nuage de cendres, une sphère apparu dans les mains d’Artaxès. Un petit globe noirâtre dans lequel dansaient deux reflets glacé et flamboyant.

Tout défaits qu’ils étaient, les Jumeaux n’en demeuraient pas moins immortels, eut égard sans doute à leur essence divine. La victoire des mortels a enfermé leur esprit dans leur propre rêve, lui-même matérialisé sous la forme d’une minuscule sphère capable de tenir dans une main fermée. En la scrutant suffisamment longtemps, on pouvait y deviner les silhouettes des Jumeaux, enfermés et condamnés à se chamailler pour l’éternité.

A moins que quelqu’un n’ouvre cette Cage Onirique.

Pour parer à cette éventualité qui marquerait à coup sûr le retour de la guerre dans le monde réel, les déicides décidèrent d’un commun accord de diviser en deux la sphère et d’en cacher chaque partie dans des endroits séparés. Même durant les siècles à venir, la Cage Onirique ne pourra ainsi être ouverte que si ses deux parties sont réunies. Et pour complexifier la tâche aux entreprenants, il fut décidé qu’une moitié irait dans le monde réel, tandis que l’autre serait confiée à Jomo pour qu’il la cache dans le monde des rêves…

……………………

 

Que va-t-il se passer ?

 

Le Sanctuaire de Thoracle

D’ici peu, la ville conquise sera libérée du joug des créatures de la déesse. La défaite d’Ylia va entraîner la dissolution quasi-immédiate de ses troupes : les vers de gel fuiront ou s’entre-dévoreront pour ne pas mourir de faim, tandis que les morts-vivants tomberont tel des pantins désarticulés.

Pour autant, il serait bien naïf de croire que la paix reviendra de sitôt au Sanctuaire…

Afin d’apaiser sa fureur, les insurgés étaient entrés en sédition parce qu’ils voulaient livrer Rebekah aux créatures de la déesse. Ylia n’étant plus, les rebelles perdront la motivation première qui guidait leur combat. Ils se retrouveront toutefois menacés de représailles pour leur trahison. Ne pouvant se soumettre sous peine de risquer la pendaison, il ne leur restera pas d’autre choix que de renverser le pouvoir en place. La grande majorité des quartiers ont été vidés de leurs habitants et de l’autorité de Thoracle. Le nouvel enjeu ne tardera pas à se dessiner, tant pour les loyalistes restés fidèles au vieil homme-bête que pour leurs adversaires : seule la reconquête des espaces laissés vacants donnera la suprématie à l’un des deux camps.

Et si Adèle paraît tout à fait capable de mener d’une main de fer ses troupes, qui aura la force de s’opposer à elle ?

Thoracle n’est hélas plus que l’ombre de lui-même. En tant que fidèle, voilà qu’il a perdu sa déesse ; en tant que chef de l’Ordre d’Ylia, voilà qu’il n’a plus assez de Chevaliers ; en tant que père, voilà qu’il est certain de perdre bientôt son fils.

Ainsi s’annoncent des heures de guerre civile au sein du Sanctuaire…

 

Les Chevaliers d’Ylia

L’ordre sera sans doute dissout, soit pour disparaître à jamais, soit pour être reformé. Dans tous les cas, il va sans dire que des punitions exemplaires tomberont, surtout si Thoracle ne se trouve plus en mesure d’endosser son rôle à la tête du culte d’Ylia. Qu’il suffise qu’un chef moins laxiste prenne la place du seigneur homme-bête, et les têtes de Kainth, Adèle et autres déserteurs ou traîtres seront grandement menacées. Reste à savoir, dans ce cas de figure, qui sera chargé d’exécuter les sales besognes…

 

La Cage Onirique

Ce qui arrivera, les déicides l’ignorent encore. Tout comme ils ignorent ce qu’il s’est passé durant leur périple. En bonne logique, la moitié de sphère destinée au monde réel à été confiée non à Artaxès, mais bien aux Yliens. Les déicides ont fait preuve de suffisamment de sagesse pour convenir que le Sanctuaire de Thoracle serait un lieu bien plus sûr pour garder un si terrible trésor. Peuvent-ils seulement se douter que la Cage sera menacée par les insurgés sitôt revenue dans le monde réel ?

 

Le Culte d’Orock

Libérés du fanatisme qui les liait à leur dieu, les Orockiens seront tous placés face à leur propre destin, et chacun agira selon ses convictions retrouvées. Les uns poursuivront la lutte à outrance dans les collines du sud, les autres prendront la fuite. D’autres se rendront peut-être, tandis que d’autres encore tenteront à coup sûr de proposer la paix aux Yliens. Malgré ces choix qu’ils feront tous de prime abord, qu’adviendra-t-il lorsque chacun de ces cultistes apprendra que leur dieu a cessé de régner ?

 

Ylion & Artaxès

Au vu de son état critique, Ylion risque de ne pas passer la prochaine nuit. Et si l’homme-bête trépasse, il ne fait aucun doute qu’Artaxès le suivra dans la tombe, victime de la vengeance des Yliens qui lui feront chèrement payer la mort de leur chef bien-aimé. A moins qu’à l’aide de ses étranges pouvoirs, Artaxès et ses suivants ne parviennent à lui sauver miraculeusement la vie…

 

Rebekah et ses Souvenirs

L’enfant innocente finira par poser des questions. Et nul doute qu’on finira par lui avouer qu’en dépit de sa propre volonté, c’est par elle que cette guerre est née. Quand à ses Souvenirs, les voilà plus que jamais placés face à leur nouveau destin. La plupart se sont rangés de l’avis de Bealor, le gardien ayant voué son existence à protéger la vie de Rebekah. Nombre de ces Lesdyn, Vaako, Chantelaube, Karadris et autres rescapés vont-ils continuer de lutter dans les ruelles de la ville à reconquérir ? Leur dévotion ira-t-elle toujours à Rebekah ? Seront-ils réellement heureux de la vie qui semble les attendre dans le monde réel ? Certains penseront-ils qu’en définitive la meilleur place qui puisse leur convenir se trouvait dans le monde des rêves ?

 

Le monde des rêves

Le renversement des dieux jumeaux soulève et continuera de soulever une terrifiante question. Et si Orock et Ylia n’avaient jamais été que « divin » de fait plutôt que de droit ? Et s’ils n’avaient jamais été considérés comme tels que parce qu’ils étaient les deux habitants les plus puissants de leur monde ? Y avait-il quelque chose en ces dieux qui pût leur accorder la légitimité de leur règne ? Les rêves étant crées par chaque dormeur, de quel droit les Jumeaux s’étaient-ils accaparé le titre de « dieux » du monde des rêves ?

Maintenant qu’ils sont tombés de leur piédestal, quelle créature, quelle entité capable de se transposer de rêves en rêves deviendra la plus puissante ? Vers qui les adorateurs des deux cultes brisés se tourneront-ils ?

Bientôt un même nom commencera à se faire entendre de façon récurrente dans les songes de nombreuses personnes. Celui d’un mystérieux personnage, aussi puissant et inaltérable qu’un véritable dieu, capable d’aller et venir à sa guise de rêve en rêve, et qui se fera appeler « Lord Karadris »…

Tout cela arrivera, ou n’arrivera pas. L’avenir de cet univers ne nous appartient plus. Le voici entre vos mains…