Le Taferka est un territoire merveilleux, aussi immense que fascinant, aussi capricieux que les vents de nos étés qui tantôt vous bercent et tantôt emportent tout sur leur passage.

Le lecteur l’aura compris, je vous décris avec éloge et sans doute peu d’impartialité cette terre qui m’a vu naître, mais qu’y puis-je ? Blâme immérité est aussi vain que compliment excessif proclamait en son temps l’Eminence Adjerk Ahïm d’Abelazzar. Et c’est par la sagesse d’illustres prédécesseurs comme lui que nous autres, peuples du Taferka, avons érigé nos lois et notre commerce, notre société et nos cités, et de nos cités les routes qui mènent aux cités voisines, et cela enfin jusqu’à relier les rivages opposés de notre continent.

Et cela doit faire comprendre au lecteur combien, depuis le commencement, nos différents peuples partagent naturellement une culture commune, où se mêlent les racines de nos savoirs et de nos doutes, de nos assurances et de nos craintes.

Lecteur, si vous lisez ceci hors du Taferka, ou si vous n’avez jamais eu le bonheur d’en atteindre les rivages depuis la mer, prenez le temps de fermer les yeux entre chaque nouvelle phrase que vous lirez.

Imaginez-vous parcourir d’ouest en est cette fascinante terre : vous porterez d’abord votre regard sur le Pic de Lumière qui irradie depuis les hautes montagnes. Ses pieds de pierre pataugent dans la cîme des arbres verdoyants de l’Ecrin d’Emeraude, aussi impénétrable que les secrets d’un djinn ou d’un génie. En contrebas, la forêt et ses rejetons boisés s’élancent jusqu’au septentrion avant de mourir aux portes du désert de sable.

Ce désert dont nous parlons justement, c’est celui de Kraïm : il s’étend tout le long de la côte nord, mais comble de la malchance, ses rivages ne sont que d’impitoyables récifs battus par des lames de fonds capables de pulvériser les plus solides murs durant les jours de tempêtes.

L’étendue de sable en elle-même trône au milieu du continent et l’aurait volontiers séparé en deux parties – l’une à l’est, l’autre à l’ouest – si ses habitants n’avaient su l’exploiter à son avantage et tracer des routes praticables pour les caravanes de chameaux. Quotidiennement, ces routes sont recouvertes par le sable virevoltant, et quotidiennement les peuples du Taferka les retracent pour les faire perdurer. Le philosophe Damalkish de Fouessid exprimait cela avec beaucoup de justesse : « Les chemins du désert sont un défi lancé au temps : que nos peuples cessent de creuser les routes, et un jour le sable les recouvrira aussi sûrement que les tracés qu’ils auront délaissé ».

A l’est, le désert prend fin et s’élève jusqu’aux lugubres montagnes de Kurgala. Le sable y a troqué sa place contre la poussière et les joies du soleil levant. Un unique port situé sur la côte nord forme l’ouverture du continent avec ce qui se trouve par-delà la mer, des lointaines Iles Gelées à l’inaccessible Hidalgue. Dans les terres, les ombres dessinées par les monts donnent la réplique aux ouvertures ensoleillées qui balayent les villages et cités disséminées ça et là. La contrée s’étend jusqu’au sud et s’amenuise dès après la région marécageuse de ce royaume. C’est que Kurgala ne saurait être plus large qu’il ne l’est en cet endroit. A l’est, la mer empêche naturellement son extension. Mais à l’ouest, le territoire d’Hostilia l’en empêche tout autant…

Je ne saurais contenter bien longtemps le lecteur sur ce qu’est Hostilia. De même que je me désole moi-même de ne point posséder davantage d’éléments précis sur ce territoire qui, somme toute, porte bien son nom. Imaginez qu’à sa lisière, la végétation ne paraît ni trop dense, ni trop absente. Des plantes exotiques semblables à celles de l’Ecrin d’Emeraude reposent sur une terre verdoyante à souhait. Quelques roches posées ça et là vous rappelleraient vaguement le territoire de Kurgala. Les jours de clair-ciel, on peut y apercevoir, au centre du territoire, s’élever au-dessus des frondaisons quelques pointes rocheuses escortées d’arbre millénaires qui semblent régner en maîtres absolus. Hostilia ne paraît pas si « hostile » à première vue, mais cela est un sujet que nous aurons le loisir d’aborder plus loin dans cet ouvrage.

Une indication toutefois sur cette contrée si particulière et si différente de celles que connaissent nos civilisations, et que ne manquera pas de relever le lecteur originaire du Taferka : à Hostilia, on ne connaît pas la sécheresse. Car à Hostilia, constamment, la pluie y tombe du ciel…

– Zahim, Fils-Eminence d’Abelazzar,

extrait de son Encyclopédie du Taferka.

Taferkarte légendée

1 : L’Ecrin d’Emeraude

2 : Vers l’Hidalgue

3 : Hostilia

4 : Vers les Îles Gelées

5 : Le Désert de Kraïm

6 : Le Royaume de Kurgala

A : Abelazzar

B : Di-Dhi

C : Fouessid

D : Le Port