Des lois de la nature : de la renaissance du Démon

En Hoerwald et depuis des siècles, le quotidien de tout un chacun est rythmé par l’observation d’une certaine retenue dans ses actes, valeurs et sentiments, ainsi que le prône le Dieu de la Juste Mesure.

Cela fut et n’a cessé d’être, car le royaume n’a jamais connu que puissants souverains capables de le gérer efficacement. Les quelques crises connues par le passé – véritables aléas de règnes – n’ont jamais eu ni la même intensité ni la même durée que les troubles du temps présent.

Les crises du « règne de Léandre » sont bien différentes et échappent aujourd’hui à tout contrôle, qu’il soit étatique ou spirituel. La colère, la jalousie, la vengeance, l’orgueil ont envahis les quotidiens de certains. De même que la peur, la fatigue, le trop-plein de courage des désespérés qui prennent les armes ou l’amour irrationnel de ceux qui croient aveuglément en un avenir meilleur. Ces sentiments, ces valeurs, ces souffrances-là et bien d’autres encore se multiplient aujourd’hui de façon effroyable.

Chaque colère incontrôlée vient nourrir et donner de la consistance à la Colère enfermée dans l’Insondable. Et ainsi en est-il de même pour toutes les autres formes de basses passions. Les démons qui étaient réduits à l’état de fumée prennent de plus en plus de consistance à mesure que les sentiments qui les caractérisent sont ressentis à la Surface. Seules les Geôles qui les maintiennent enfermés dans l’Insondable les empêchent de prendre une apparence physique et une consistance tangible. Mais qui sait ce qu’il adviendra lorsqu’ils parviendront à sortir de leur prison et à bénéficier de toute la puissance dont ils disposent réellement ?

Ceci est sujet d’inquiétude pour Meïtrius et ses fidèles, mais n’est point le pire. Des cultes dissidents se forment, et des fidèles vouent des prières à des concepts bien plus radicaux. Ainsi certains prient au retour de la Guerre triomphatrice, d’autres à l’affermissement de l’Ordre. D’autres encore implorent la Paix de se manifester en Hoerwald, tandis que les plus désespérés croient au contraire en la force de l’Anarchie. Entre autres…

La puissances de chacune de ces prières vient donner naissance à des incarnations de concepts que sont les Avatars, des démons de nature supérieure s’élevant au-dessus de tous les autres de par leur influence et l’étendue de leur puissance. Chaque nouvelle journée que vit l’Hoerwald voit ces Avatars se renforcer et prendre l’apparence que leur prête leurs fidèles lorsqu’ils les implorent…

 

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La Horde des Braises

Au temps du Roy-Conquérant Balthazar, les succès militaires faisaient resplendir le royaume d’Hoerwald. Le génie tactique des vieux généraux du cercle restreint du Conseil Royal économisait les vies des soldats. La hargne et la férocité des combattants apportait la victoire avec rapidité et ramenait au royaume quantité de richesses. Au total, les familles demeuraient relativement épargnées par les affres de la guerre, et la perte d’un être cher devenait facilement prétexte à renforcer l’honneur de la famille en vantant le courage du défunt tombé au combat.

En ce temps-là, la prospérité du royaume et la sérénité de ses habitants était assurée par les victoires des armées du roi. Depuis que le jeune Léandre est au pouvoir, la guerre s’est mise à coûter fort cher pour le peu qu’elle rapporte. On regrette la violence salvatrice qui imposait les volontés de l’Hoerwald aux contrées voisines. Dans les rangs des soldats, on se morfond de la passivité des nouveaux ordres donnés qui leur imposent de maintenir des positions statiques et défensives autour des frontières du royaume. Les vieux généraux les plus ambitieux ont été relégués à des fonctions passives, tandis que se pavanent de jeunes coqs aux poitrines couvertes de décorations et qui ne prouvent hélas rien de leurs véritables expériences de la guerre. Chaque nouvelle recrue regrette de ne pas avoir connu les accès de colère des anciens qui, dit-on, créaient un état de transe collective capable de rendre frères tout un régiment.

Nombreux sont les fidèles détournés de la foi de Meïtrius qui prient en secret le retour de la guerre triomphatrice, implorant l’esprit du défunt Roy-Conquérant d’exaucer leurs vœux depuis sa demeure éternelle. Dans les rangs de ces soldats et de ces civils partisans de la conquête sans borne, on se convainc que la reprise des offensives n’est plus qu’une question de jours.

La Horde des Braises née de ces prières secrètes sera commandée d’une poigne d’acier par l’Avatar de la Guerre en personne. Les vertus guerrières sont détournées par ses démons qui ne répondent que de la violence à outrance et de la soumission des faibles. L’ensemble de ses troupes brûle d’un feu intérieur qui alimente en permanence leur férocité et leur soif de inextinguible de conquêtes. Les membres de cette Horde auront l’apparence de démons âgés, exempt de tout apparat et portant un équipement des plus fonctionnels. Ils seront doués du génie tactique du défunt Roy-Conquérant, donneront à leurs troupes courage et abnégation par leur simple présence à la tête des régiments et pourront compter sur les nuées de démons mineurs qui composent le bras armé de la Horde des Braises pour ramener la victoire dans le quotidien de leurs fidèles…

 


carna assemblLe Carnaval de la Damnation

“Les humains seront en paix tant qu’ils seront occupés à ne point souffrir”. De cet adage est ainsi né le culte secret des fervent adeptes de la paix à tout prix. Ces nouveaux adeptes se sont récemment voués à ces prières contraires aux préceptes de Meïtrius, car elles n’admettent que l’excès d’innocentes festivités et d’oisiveté. Les carnavals organisés par décret du roi lui-même sont récents. Ils remontent au début du règne du Roy-Conquérant Balthazar, lequel avait promis, pour galvaniser ses propres soldats, que « toute guerre victorieuse serait suivie d’une période de paix où le carnaval serait la seule occupation autorisée dans le royaume ». Les adeptes de la Paix se sont depuis multipliés à une vitesse folle, et cela d’autant plus que le Roy-Conquérant a accumulé au cours de son règne un nombre incalculable de victoires… et ainsi dut organiser tout autant de carnavals pour les fêter.

Chacun de ces carnavals était une cascade d’allégresse destinée à fêter ces périodes de paix. Ainsi, du matin au soir, les rues se remplissaient de milles tissus chatoyants, de plumes et de couleurs toutes plus ravissantes les unes que les autres. Au programme des festivités, banquets et jeux innocents, rires et chants et maintes heures d’optimisme et de cordialité entre tous. Ces manifestations voyait ainsi pauvre et riche, vieux et jeune, artisan et soldat se mêler et, le temps d’une journée, oublier querelles et malheurs pour s’adonner à la joie et à l’amour de son prochain. Les différents cérémoniaux organisés permettaient le jeu de l’amour derrière les masques, l’aveu des fautes pour les coupables et le pardon accordé aux honnêtes venus se repentir dans le pacifisme d’un nouveau départ. A minuit, enfin, les masques tombaient et chacun pouvait alors fêter jusqu’à l’aube la paix du royaume, en ces heures de bonté ou chaque sujet de Sa majesté était l’égal de son voisin tant la noblesse du cœur frappait l’assemblée.

A l’image de la représentation que s’en font leurs fidèles, les démons du Carnaval de la Damnation arborent des vêtements de couleurs vives et parfois bariolés, idéals pour se prêter à la parade et au spectacle qui ne vise qu’à amuser et divertir. Celui qui mènera la danse pour eux n’est autre que l’Avatar de la Paix.

Et qui sait ce qui se cache derrière la paix lorsqu’elle est pervertie par un démon…

 

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Le Syndicat de la Perdition

L’ordre et le désordre sont les esclaves de la prospérité et du malheur. Nul bienheureux ne souhaite voir le chaos, l’incertitude et l’absence de repères s’abattre sur son propre quotidien. Il est en tout autrement des désespérés et des esprits rebelles qui souffrent et estiment ne plus avoir d’autres choix que d’abattre l’ordre établi qui ne leur convient plus…

La crise de la foi qui pousse les sujets du roi Léandre à se détourner de Meïtrius n’est que l’aboutissement d’un long processus de frustrations, de révoltes et de remises en causes d’ordre intellectuel. Ces crises tirent leurs origines d’une longue crise sociale qui oppose depuis toujours l’opulente noblesse aux insoumis de la roture.

L’ordre monarchique et de ses privilèges agace depuis des siècles et sa contestation a contribué, au fil du temps, à constituer le culte secret des partisans de la fin de l’ordre établi. Qu’ils s’agisse de petits commerçants, de paysans misérables ou de criminels sans foi ni loi, tous ont appris à connaître et à combattre leur ennemi commun qu’est l’ordre établi qu’ils jugent pourri de l’intérieur et inexorablement condamné à disparaître un jour…

Dans l’esprit de ces partisans, la révolte traditionnelle paysanne ne suffit plus. Elle ne sert qu’à défouler le paysan et à divertir le noble, qui envoie tôt ou tard sa milice réprimer une poignée de contestataires pour l’exemple et accorde une faveur dérisoire pour apaiser la démence générale. Renverser l’ordre suppose une révolution en profondeur, et s’appuyer sur des moyens interdits et obscurs est devenu une pratique de plus en plus répandue pour obtenir la « victoire à tout prix »…

Le Syndicat de la Perdition est à l’image de ces penseurs, bandits, visionnaires, révolutionnaires, criminels qui incarnent le mieux le mythe d’un avenir meilleur. Derrière ces chapeaux de feutre, ces longs manteaux noirs, ces grandes bottes de cavaliers, ces couteaux et ces arbalètes se cachent les démons regroupés autour de l’Anarchie en personne. Ces penseurs aux mains éclaboussées de sang seront prêts à tout pour remplacer l’ordre imposé par un ordre choisi par chacun… c’est-à-dire par le non-ordre.

 

consolament mon amourLes Sectateurs du Consolament

L’Ordre a de rassurant qu’il offre une place à chacun dans la société. Certes, il n’y a pas d’égalité, mais il y a une justice et chacun depuis son rang y a droit pourvu que cela maintienne la tranquillité et la sécurité de tous. Nombre de petites gens en appellent à l’Ordre, trouvant auprès de sa constance et de son intégrité, une protection paternaliste. Inutile de se torturer pour faire les bons choix, l’Ordre le fait pour eux, et pour le bien de tous. Et chez les puissants, l’Ordre est l’assurance d’une paix sociale préservant leur position.

Politique, justice et religion étant étroitement liées, les adeptes de l’Ordre ont directement opposé leur vision au laxisme de l’Eglise de Métrius. Là où le clergé de Métrius tolère en justes proportions la luxure, la débauche, la curiosité de ceux qui sortent du rang, les partisans de l’Ordre souhaitent un retour à davantage de retenue et d’ascétisme. D’anciens membres du clergé de Meïtrius, ainsi qu’une grande partie de la noblesse, font partie de ces adeptes qui estiment que, pour le bien de tous, le salut de la société tient dans la réaffirmation de ses bases et de ce qui la fonde. Et les troubles récents ont vu ce groupuscule gonfler par l’affluence de membres issus du petit peuple lui-même…

Leur conception de l’Ordre repose sur le respect de la place de chacun dans la société. Il ne prend pas en compte les désirs personnels mais les besoins de la collectivité. Le groupe prime sur l’individu. De fait, l’ordre proscrit tout ce qui ne ferait le bénéfice que d’une personne. Ces adeptes se représentent l’Ordre idéal comme une entité exempt de richesse, de bijou ou autre vêture ostentatoire. Leur tenue reflète leur abnégation, leur droiture et leur dévouement.

Nés de ce culte dissident, les Sectateurs du Consolament servent l’Avatar de l’Ordre et donc l’Ordre en tant que concept. Cet avatar ne s’autorise aucun écart, car le moindre relâchement serait une porte ouverte à l’Anarchie. Sa droiture est constante, infaillible.

Fidèles à la visions qu’on d’eux leurs fidèles, les Sectateurs revêtent donc des tissus aux couleurs sobres, ternes, couvrant chacune des parties de leur corps. Des coupes strictes et simples, des fraises ou des cols montants, des coiffes classiques et discrètes témoignent de leur autorité. En outre, les récents troubles religieux qui ont frappé le royaume ont conforté cette imagerie populaire et intensifié l’aspect austère de l’Ordre.

 

l 'hospiceL‘Hospice du Péché

En Hoerwald, lorsque les temps sont bons, on place les benêts, les sots du villages, les bossus, les prétendues « sorcières », les pattes-folles et les infirmes de toute espèce dans les hospices accolés aux différents sanctuaires de Meïtrius. Ces endroits tenus par des fidèles voués à la cause de leur prochain procurent assistance et asile aux parias de la société. Dans chaque village ou regroupement de villages du royaume, il n’est ainsi pas rare de connaître l’existence d’au moins une de ces bâtisses destinées à regrouper les indésirables tout en mettant à contribution le bon peuple pour nourrir à leurs frais ceux qu’ils désirent ne plus voir traîner dans les rues et les champs.

Toutefois, lorsque le pain vient à manquer pour le peuple « normal », les premiers sacrifiés sur l’autel de la restriction sont ces parias. Ces pauvre hères qui furent les mieux aidés deviennent les plus abandonnés de toute la société.

Depuis leur cage dorée où ils sont confinés, ces parias ont constitué une communauté quasi-autarcique, dont les seuls contacts avec l’extérieur sont les fidèles de Meïtrius qui vont et viennent leur livrer le pain ou la maigre soupe. Rien des plaisirs de la vie ordinaire ne leur est accordé. Aussi, ces reclus ont constitué leur propre cour des miracles où règne la luxure, l’ivresse, la débauche des misérables qui tentent d’oublier leur propre condition et qui tantôt louent Meïtrius et ses fidèles lorsque les temps sont bons, et qui se tournent vers d’anciennes croyances nourries de rancœur lorsque la société pèse de tout son poids sur eux.

Les prières secrètes de cette légendaire cour des miracles invoquent les « Mauvais Dieux des Pauvres », ceux qui apporteront un jour la difformité, la maladie et le grotesque à tout un peuple qui n’a jamais connu la souffrance née de l’exclusion.

Sous leurs apparences de parias de la pire espèce, à l’image même de ceux qui les prient, les démons de l’Hospice du Péché œuvreront sous les ordre de l’Avatar de la Profusion, celui qui répandra les malformations à tous les nouveaux-nés à venir, et cela de façon à ce que les difformes soient les plus nombreux… et ainsi fassent partie de la « norme ».

 

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La Ménagerie Primordiale

Aux temps immémoriaux des premiers âges, la Surface appartenait encore aux animaux. Les primitifs humains y avaient leur place au même titre que les bêtes féroces, les oiseaux ou les insectes. Avant que le règne des humains ne soit avéré et absolu, ceux-ci connurent des souffrances et des craintes liées à leur propre précarité et au froid permanent qui régnait alors à la Surface. En ce temps-là, on se demandait souvent de quoi serait fait le lendemain, s’il y aurait assez de baies ou de viande pour nourrir sa famille, qui commandait à l’orage et ce qu’il y avait après la mort.

Les premiers accès de conscience humaine ont cristallisé ces différentes souffrances en les attribuant à quelques bêtes sauvages et dangereuses. Ainsi la peur fut attribuée au loup effrayant, ou encore la fatigue à l’ours hibernant. C’est de cette manière que les démons de la Ménagerie Primordiale se sont incarnés sous forme d’animaux monstrueux témoins de cette époque glacière, et cela depuis l’aube des temps.

Aujourd’hui, ces créatures reviennent, plus féroces que jamais et menées par l’avatar de la Négation, celui qui a juré aux hommes de faire revenir le monde à un état naturel des choses, mettant à bas leurs faiblesses issues de leur propre dégénérescence.

Malgré leur morphologie humanoïdes, les démons de la Ménagerie ont des apparences de bêtes, de vermine ou d’oiseaux, et savent compter sur leur propre puissance et leur force naturelle pour vaincre leurs adversaires…