La Surface est, au sens strict du terme, le territoire « qui a le ciel pour toit ». Il s’agit de la terre des hommes, celle où ils règnent et où la magie n’existe point, puisque attribuée aux entités supérieures.
La voie empruntée par les démons de l’Insondable doit les faire remonter jusqu’à une infime partie de cette immense Surface. Et plus particulièrement, leurs pas doivent les mener dans un puissant royaume du nom d’Hoerwald…

 

HoerwaldLe Royaume d’Hoerwald, d’hier à aujourd’hui…

Depuis des siècles, le Royaume d’Hoerwald n’a cessé de prospérer. Il s’étend sur de vastes plaines et des bois denses, à l’abri de hautes montagnes qui en forment sa frontière naturelle. La terre y est grasse et fertile. Les bonnes années, la richesse du sol et des bois procure aux sujets de Sa majesté de quoi les nourrir abondamment et payer l’impôt royal sans rechigner. Les petits villages sont légions, installés dans de belles vallées pour les plus importants d’entre eux, ou crées de façon temporaire à proximité des bois sous forme de camps de bûcherons qui voient tout un microcosme de travailleurs évoluer ensemble le temps d’une saison. Le peuple de la roture s’échine et paye ses différents impôts, duquel revient directement à la couronne, duquel est alloué aux bonnes œuvres du clergé. Waldiens et Waldiennes vivent dans la foi de Meïtrius, Dieu de la Juste Mesure en toutes choses. Les habitants du royaume tout entier lui recommandent leur âme, tandis les adeptes du clergé prient et œuvrent à Sa gloire.

Dans les plus hautes sphères de cette société seigneuriale, les membres de la Cour travaillent aux œuvres de l’esprit, de qui écrira le prochain traité de stratégies militaires, de qui mettra au point la prochaine invention qui inscrira l’Hoerwald dans l’histoire pour l’éternité.

Ce n’est que récemment que le cours des choses a commencé à s’altérer. Depuis la mort du vieux roi Balthazar, le trône est revenu à son fils légitime, le prince Léandre. Un couronnement contesté par son oncle, frère du défunt roi, qui a opposé au trop jeune âge de Léandre sa propre candidature en qualité de régent. Une contestation qui n’a cessé de diviser l’aristocratie, et cela en dépit du couronnement de Léandre, largement soutenu par le clergé de Meïtrius. Le nouveau roi a ainsi hérité d’un royaume riche et prospère, bien que larvé de tensions internes et de manigances de palais.

Le Jeune-Roy n’est point de mauvaise volonté ni ne manque de courage : il est toutefois dénué d’expérience et n’a pas la poigne aguerrie de feu son prédécesseur pour gérer efficacement un aussi vaste royaume.

Peu de temps après la fin du règne de Balthazar, les désordres ont commencé à se produire, d’abord de façon éparse, puis de façon généralisée. Une mauvaise gestion du trésor publique a d’abord commencé à alourdir les impôts sur l’ensemble de la population roturière, dont les paysans furent rapidement les plus touchés. Puis, plusieurs terribles hivers se sont succédés, et le peu qui fut amassé fut destiné à nourrir l’armée. C’est qu’en effet, durant son règne, le Roy-Conquérant Balthazar avait réussi à étendre les frontières du royaume à coup de guerres victorieuses. Sa mort fut celle d’un roi, mais aussi celle d’un général de renom. Maintenir les conquêtes acquises sur les contrées voisines suppose de déployer un énorme dispositif militaire. Un dispositif composé de soldats qu’il faut nourrir, et parfois « nourrir à ne rien faire » puisque, contrairement à son père, le jeune roi Léandre, peu sûr de vaincre, préfère opter pour des positions défensives dans l’attente de quelques contre-attaques des pays voisins. La guerre n’est jamais repartie « comme avant », mais a continué de coûter aussi cher qu’au temps du Roy-Conquérant.

Une guerre sans victoire, des dépenses sans recettes…

Révoltes paysannesLa misère ainsi produite a commencé à s’étendre et à radicaliser les comportements. Révolutionnaires dans l’âme, criminels et bandits réfractaires à l’ordre mais aussi simples miséreux au abois font gronder leur colère. Chacun cesse de faire des dons aux hospices qui accueillent les plus faibles et les plus mal servis par la nature. De plus en plus prennent la hache ou la fourche et déclenchent des émeutes contre l’autorité royale.

L’avènement du Jeune-Roy, l’appauvrissement général et le mauvais temps à répétition n’ont pas tardé à être perçus comme une véritable malédiction. Cela à tel point qu’une crise de la foi est rapidement née de l’accumulation des crises précédentes. Le Grand Meïtrius, Dieu de la Juste Mesure et unique divinité tolérée dans le royaume, continue d’être prié par ses plus fervents fidèles, tandis que les autres, peu à peu, commencent à le rejeter en bloc pour exprimer leur désespoir. Ils se sentent abandonnés par tant de maux, et bientôt, tournent leurs prières vers des divinités anciennes, oubliées, et parfois totalement inconnues que sont les démons de l’Insondable…

 

 

Culte de MeïtriusLe Culte de Meïtrius

Depuis des siècles, Waldiens et Waldiennes prient dans la plus grande ferveur Meïtrius, Dieu de la Juste Mesure en toutes choses. Son clergé remonte à l’époque de la formation en Etat souverain du royaume d’Hoerwald, et l’on peut considérer à juste titre que la religion a toujours constitué la clef de voûte de la cohésion des sujets de Sa majesté. De la roture à la noblesse en passant le souverain lui-même, tous s’agenouillent devant le seul dieu prié et reconnu dans le royaume. Sa représentation la plus courante est celle d’un soldat ailé paré d’une armure de lumière.

Meïtrius est une divinité à qui on attribut le ciel pour résidence. Bien que personne ne l’ait jamais aperçu en vrai, les affirmations de quelques personnes l’ayant « vu » ou « entendu » dans leur sommeil suffisent à convaincre. Les enseignements de Meïtrius sont présentés comme un mode de vie à adopter. Tous les sentiments qui régissent la nature humaine y sont tolérés. L’extrait suivant, connu de tous ses adeptes, suffit souvent à résumer son dogme :

« L’homme n’est point mauvais parce qu’il est en colère, jaloux ou même se répand dans un peu de luxure, car la colère des justes est chose bonne, de même que sera bon celui qui jalouse son honneur ou qui pratique de temps en temps les plaisirs de la chair et de la boisson pour oublier un temps ses peines et mieux les affronter le temps d’après. Seule la colère excessive menant à l’aveuglement est condamnable, de même que la jalousie maladive ou que la luxure menant à la dégradation la plus totale de tout un être.

L’homme n’est point non plus bon en soi parce qu’il aime son prochain ou fait preuve de charité. Seul sa modération en ces choses sera un bien : l’amour excessif d’une même chose est un mal, car celui-ci peut mener à la démence, de même que l’excessive charité devient un don de soi permanent qui ruine le généreux jusqu’à l’anéantir.

Ainsi, Meïtrius nous enseigne à nous comporter tels que nous sommes en faisant preuve de juste mesure en toute chose. Que l’on soit roi ou de basse roture, seul l’excès amène à une mauvaise conduite de sa vie : la juste mesure en toutes choses permet seule de mener son existence sur la voie de la vertu. »

– Du Dogme de Meïtrius, chapitre premier.