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« Mon très cher Elkhmet,

L’on apprend chaque jour de ses erreurs. Aussi rédigerai-je ce rapport en deux exemplaires. L’un pour toi, afin que tu prennes la mesure de la folie dans laquelle tu nous a entraînés. L’autre pour mes archives, afin que cette lettre demeure à jamais comme autant de recommandations adressées à moi-même. Puisses d’aussi funestes journées que celles que nous venons de vivre ne jamais plus se reproduire…

Dès avant-hier, à la pointe de l’aube, nous avons lancé l’assaut afin de prendre de vitesse les hordes de Kobolds qui tentaient de nous barrer la route. Dès avant midi, j’avais largement parié sur une victoire confortable pour nos troupes. C’était sans compter toutefois sur la présence des serviteurs de l’Araignée, venus seconder ces Kobolds qu’ils semblaient avoir fanatisés grâce à leur magie. Voilà qui devait bien transformer notre victoire éclatante en victoire obtenue de justesse. Mais encore une fois, je n’aurais pas cédé au défaitisme face à quelques renforts arachnoïdes.

Non, à vrai dire, c’est bien lorsque l’Annonciateur est intervenu dans la bataille que la chance a changé de camp…

Tu nous feras penser, la prochaine fois que nous serons amenés à affronter des créatures mythologiques gavées de magie, de ne point employer des tactiques humaines. Les pierres du Temple bougeaient d’elles-même, Elkhmet. Les passages se fermaient devant nous et s’ouvraient plus loin. Malgré nos intentions pacifistes envers le Serpent, nos hommes autant que les serviteurs de l’Araignée ont été victimes de sa magie. Combien de valeureux sont morts, emportés par des sables mouvants apparu soudainement ?

Nous n’avons pas pris le Temple : c’est lui qui nous a pris au piège, nous ainsi que tous ceux qui s’en sont approchés trop près. Tant pis pour ma gloire et mon avancement : je n’ai pas tardé à ordonner la retraite, et cela avant que notre entêtement ne tourne au désastre. Le Serpent, sa magie et ses rejetons se sont occupés de faire un sort à ces maudits Kobolds. Mais quand je vois ce qu’il m’est arrivé ensuite, je peux t’assurer que j’aurais sans doute préféré finir écrasé sous le poids d’une pierre magique…

J’ai laissé l’essentiel de ce qu’il nous restait de troupes aux abords du Temple. Une ultime bataillon d’aguerris prêts à contre-attaquer lorsque l’occasion favorable se présenterait à eux. Quant à moi, je suis rentré au camp avec une escorte de fortune. Nous n’étions pas encore arrivés que nous entendions déjà les hurlements qui s’en échappaient. Devant nos yeux se tenaient des serviteurs hybrides de notre ennemie, et cela par centaines. Je me suis lancé avec ma garde rapprochée au secours de deux des nôtres restés pris au piège, encerclés par les araignées. Je n’ai compris qu’après coup que nous avions planté nos tentes juste au-dessus du nid de la plus grosse mère-pondeuse qu’on ai jamais vu. Ceux que nous voulions sauver ont péri. L’acte se voulait héroïque : il n’était qu’insensé. J’y ai laissé un avant-bras dans la bataille, emporté par les mandibules d’une de ces horreur géantes à huit pattes. Et je ne dois mon salut qu’à un groupe de renforts Baasts venus rompre de justesse notre encerclement.

Sans eux, je ne t’écrirai pas ce soir, Elkhmet. Kashaï, Maaka, Necahualt et Eztly, voilà leur noms. Retiens-les bien, et honore-les : je leur dois la vie, et toi notre victoire contre l’Araignée. Ce sont eux qui ont sauvé mon armée en détruisant le nid de l’Araignée qui logeait sous nos pieds dans les sables de Kraïm.

Après cette victoire à la surface, le nid et ses ramifications ont été passé au feu. Il ne reste aujourd’hui plus rien sous nos pieds. Quel bonheur ! Les araignées les plus grosses font la taille de nos mains, non plus celle de nos dromachiens ! Il semble que tout soit rentré dans l’ordre.

Quant aux Baasts, ils n’ont pas pris la peine de rester avec nous pour défendre le camp. En temps normal, je les aurait fait arrêter pour désertion. Mais vois-tu, Elkhmet, n’écoutant que leur courage, ils se sont lancés à l’assaut du Temple. Et je suis prêt à jurer sur le grand Fall Awack lui-même que c’est grâce à eux que nous avons réussi à percer la ligne de Kobolds et à entrer dans le Sanctuaire de l’Annonciateur avant ces maudites créatures.

Malheureusement pour nous, les Baasts sont arrivés trop tard. A leur retour, ils m’ont raconté avoir vu le Serpent exploser sous les coups d’une puissante magie lancée par des mages noirs Urzhals présents dans le Temple. Chose plus inquiétante et lugubre encore, les Baasts jurent avoir aperçu le nouveau roi de Kurgala parmi ces assassins ! A peine le Serpent avait-il été défait que les mages noirs avaient disparus dans un nuage de fumée…

Vois-tu, j’aurais été bien chagriné de perdre ma main d’épée. Je peux encore me défendre, je peux encore écrire. Les mots et les idées ne me viennent jamais d’une meilleure façon que lorsque je les couche moi-même sur le papier. Et ce soir, l’écriture me renvoie à tout ce que nous avons vécu en cette époque aussi terrible que fascinante.

J’ai participé à toutes les campagnes militaires de l’Empire. J’ai servi Archaëm le Bourreau, puis après lui Beh-Bel-Oued. J’ai réprimé dans le sang les soulèvements de la noblesse urzhale, j’ai voyagé jusqu’au portes infranchissables de l’Ecrin d’Emeraude. J’ai connu Nontague, et j’ai vécu moi-même au Port, là où parfois s’échouent quelques Jagskalls avant de repartir vers leurs Iles faites de Glaciers. J’ai connu la déchéance du millénaire roi Nemeazal. Je connais nos Taferkiens, j’ai côtoyé nos voisins.

En définitive, qu’avons-nous appris de tout cela ? Voilà des années que Di-Dhi nous fait miroiter le rêve d’un Empire à la gloire éternelle. Pourtant, j’ai l’impression que tout s’est joué durant ces dix derniers mois. Le début de l’expédition dans le désert a marqué l’apogée de notre orgueil et de notre ambition. Les folles et meurtrières festivités de Balibed ont prouvé au monde entier notre vanité. Mon bras arraché me rappelle sans cesse mon impuissance face aux ennemis rencontrés ces derniers jours.

Au fond, nous n’étions dans ce désert que des hommes confrontés au sublime et au colossal.

Des hommes face à la nature, voilà tout. »

– Azdir

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Que va-t-il se passer ?

 

 

L’Empire des Fallawacks

L’Empire est encore en place. Les tensions, les difficultés et les récents scandales n’ont pas eu raison de son ancrage sur le Taferka. Plusieurs fois ébranlé dans ses fondations, il a su se maintenir. Mais ses bases ont subi quelques fragilisations qui nécessitent d’être renforcées. Kurgala et l’Ecrin d’Emeraude n’attendent que la première occasion pour rompre leur vassalité envers le Prince Hezbé. Comme pour tout Empire fondé par la conquête – qu’elle soit diplomatique ou militaire – sa pérennité doit passer par des conquêtes supplémentaires. Reste à savoir où le regard du Prince et de sa Volonté vont se tourner…

L’immobilité sonnera le déclin de l’édifice impérial. Seule une nouvelle expansion territoriale lui permettrait de rallier à sa cause le peuple et de réduire au silence les velléités de contestation.

Or, les rumeurs de palais racontent d’ores et déjà que l’appareil militaire serait à nouveau sur le pied de guerre…

 

Le Zaoracht & l’Araignée

Le Zaoracht, créature mythologique créatrice de toutes choses, a attendu des millénaires que son heure revienne. Il a laissé les humains évoluer, bâtir des civilisations et se surpasser dans tous les domaines de l’intellect et de l’apprentissage. Le début de la décadence des premiers hommes devait donner le signal du début de la grande annihilation des espèces et le retour au grand tout originel qu’incarnait le Zaoracht. Un nouveau Zaoracht devait naître de cette absorption du potentiel humain fusionné avec le potentiel animal. Mais l’anéantissement de l’Araignée a sévèrement contrecarré un tel plan. Pire encore : tout espoir de voir le Zaoracht emporter la victoire sur les espèce humaines paraît aujourd’hui irréalisable à court terme. En perdant sa plus puissante arme, son avènement est reporté. Pour autant, cela doit-il vraiment sonner la fin de la crature mythologique ? Ne lui suffit-il pas d’accorder ses faveur et sa puissance à une nouvelle espèce animale ? A la surface du Taferka, ce n’est pourtant pas le choix qui manquera…

Les adeptes de l’Araignée devront se tourner vers l’esprit du Zaoracht et attendre de lui qu’il leur indique la nouvelle espèce animale à suivre…

 

Le Serpent

Le Temple résonne encore du bruit produit par l’éclatement du Serpent en fragments solidifiés. Une odeur de pierres chauffées mêlée de magie noire paraît imprégnée dans les moindres recoins de l’édifice…

Les créatures mythologiques ne meurent jamais. Mais elles peuvent diminuer jusqu’à sembler disparaître. C’est ce qui arriva au Zaoracht jusqu’à sa récente volonté de venir se reformer en un seul être au sommet de sa puissance. C’est donc ce qui pourra arriver à l’Annonciateur, en dépit de la façon dont il fut réduit à néant par les mages noirs Urzhals. Ses fidèles ne peuvent se permettre de s’abandonner au deuil : la longue et pénible quête pour la recherche des fragment éclatés du Serpent ne fait que commencer, et elle s’annonce parsemée d’embûches…

En attendant que ne revienne l’aide et les conseils de l’Annonciateur luttant à ses côtés, l’espèce humaine devra lutter seule contre les serviteurs restants et à venir du Zaoracht…

 

Hidalgue

Déjà, il se murmure que le Prince Hezbé convoite l’Ile la plus proche de son continent. Les uns parlent d’un projet de préparation de flotte, financée par de riches marchands Taferkiens. Les autres avancent que les bateaux seraient déjà construits et prêts à partir. En Taferka, les officiels fallawacks démentent formellement toutes ces allégations. Mais en Hidalgue, à la pointe des pierres qui s’offrent à la mer, on achemine déjà des stocks de munitions. On concentre le nombre de bouches à feu, et les soirées consacrées aux fêtes prennent peu à peu une autre allure. Aux pas des danses si légères se mêlent des discussion sérieuses. Des discussion dans lesquelles le mot « guerre » se fait de plus en plus récurrent…

Iles Gelées

Aussi vrai que du sable brûlant de Kraïm a surgi un souverain pour les peuples du désert, des terres gelées du Nord a surgi une reine pour les Jagskalls. Bjohanna, descendante de Bjohan le Conquérant, a révélé son destin aux siens durant les festivités de Balibed. Elle possédait en elle un fragment de l’Annonciateur, ultime héritage de son illustre ancêtre et qui la fit reconnaître comme reine légitime de son peuple. Des rumeurs d’invasion à l’encontre des Iles Gelées fusaient déjà bien avant le début des festivités de Balibed. Bien que démenties par les Fallawacks, ces rumeurs ne sauraient aujourd’hui avoir de suite. Il y a soixante-dix années, une colossale flotte taferkienne ne parvint à envahir un conglomérat d’îles aux alliances fragiles. Qui pourrait s’imaginer que les Taferkiens seraient en mesure de s’attaquer à ce même peuple aujourd’hui farouchement uni autour de sa nouvelle reine ?

Mais Bjohanna à désormais fort à faire. Dès son retour sur les Iles, les devins jagskalls l’ont mis en garde : il existerait encore un prétendant à la couronne des Iles Gelées. Un prétendant prêt à tout pour faire disparaître le plus rapidement possible la nouvelle reine…

Les Oascités du désert de Kraïm

Il y a presque un an, la glorieuse expédition vers les pyramides de l’Ancienne Civilisation avait semble-t-il terminé d’unir entre elles les Eminences des Oascités rivales. Les événements de Balibed ont toutefois porté un coup dur à cette harmonie. Di-Dhi avait toujours entretenu des rapports tendus, rivaux, voire conflictuels avec l’Oascité de Fouessid. Des rapports que l’unité impériale avait relativement apaisés, en particulier depuis l’incorporation de l’armée de Fouessid dans l’armée impériale. De fait, la mort du général Beh-Bel-Oued, fils de Barahim de Fouessid, allait raviver sans plus attendre les tensions de jadis…

Barahim devra être rallié… ou vaincu. Mais il ne pourra continuer impunément à agiter les foules de son Oascité contre le Prince Hezbé.

Hostilia

Après la retentissante condamnation prononcée contre l’ancienne Gouverneur Djouher – reconnue coupable d’avoir commandité le meurtre d’enfants Baasts – la situation s’est étonnement calmée à Hostilia. A croire que la présence de cette Gouverneur cruelle et sans pitié était tout ce qui poussait Maaka et ses Réfractaire à verser le sang des impérialistes. Du jour où Djouher fut destituée, disgraciée, congédiée, on n’entendit plus parler de Maaka ni de ses agissements criminels. Concluant à un rapport de cause à effet direct, la Volonté du Prince se fit fort d’aller plus loin et de condamner à l’exil Djouher, sans pour autant en faire une hors-la-loi : en effet, au vu de la promulgation récente de l’abolition de l’esclavage dans tout l’Empire, ce qui devait arriver arriva. Les réseaux clandestins ont commencé à fleurir, et les agents du Murmure ont aujourd’hui fort à faire pour arrêter ces trafiquants qui ne reculent plus devant aucun procédé pour tenter de réduire en esclavage les maigres denrées qui leur tombent sous la main…

Dans le même temps, la question territoriale d’Hostilia n’a pas encore été réglée. La contrée a connu la destitution de Djouher, puis, dès le lendemain, la mort de son successeur le Baast Meh-Row. Les autorités impériales auront à trouver rapidement un nouveau Gouverneur parmi les candidats qui se sont présentés. L’heure est à l’urgence : des parcelles de territoires ayant été acquises par des particuliers, voire par des puissances étrangères, il faut aujourd’hui un chef capable d’administrer la région de façon juste et équitable.

 

Le Royaume de Kurgala

Nemeazal, le légendaire Roi-Génie de Kurgala, ne règne plus. Son sucesseur, Zuron, appuyé de sa collégiale de sept Urzhals, a mis fin au règne millénaire de celui qui est aujourd’hui qualifié « d’usurpateur ». La fin du règne de Nemeazal a conduit à une grave crise de la spiritualité. Et le nouveau roi cache de moins en moins ses sympathie pour l’Araignée. Ses sujets auraient-ils sauvé de la destructions quelques nids arachnoïdes qu’ils auraient laissé s’installer sur la terre orientale, à l’ombre des pics montagneux ? Difficile de le savoir. La preuve de l’implication d’un groupe d’Urzhals dans la destruction du Serpent semble toutefois confirmer les intentions du nouveau roi de Kurgala. Ses frontières sont de mieux en mieux gardées, à tel point que le pays est parfois comparé à « l’Ecrin » en raison de son imperméabilité. C’est que le nouveau roi ne peut que se féliciter de sa récente acquisition territoriale : en vertu d’un accord scellé entre la fille Laemoth de feu le Roi-Génie et un Jagskall des Iles Gelées, la région du delta d’Hostilia s’est trouvée rattachée au royaume oriental de Zuron.

Et nombre de taferkien de s’inquiéter de savoir que Kurgala peut désormais posséder sa propre flotte…

 

L’Ecrin d’Emeraude

Discrets, mystérieux et réservés comme à leur habitude, les Tzeltocls ont fait montre d’un silence et d’une réserve qui ne manque pas de troubler les esprits des dignitaires impériaux. Au-delà de leur habituelle réticence à se soumettre à l’Empire, voilà qu’une question d’ordre spirituel se pose à leur sujet : étant par essence proches du Zaora, jusqu’où allaient leurs sympathies pour l’Araignée, véritable bras armé de la réalisation de la prophétie ? Et ainsi, jusqu’où ira leur sympathie pour la nouvelle créature choisie par le Zaora pour le faire revenir en ce monde ? Le Prince Hezbé acceptera-t-il que son Oascité natale se voit prise dans un étau entre deux civilisations adeptes du culte de l’Araignée ? Qu’adviendra-t-il si, à l’ouest comme à l’est, Tzeltocls et Kurgals, pourtant si éloignés culturellement, se mettaient à trouver des terrains d’entente – sinon d’alliance – sur des questions d’allégeance spirituelle ?

Et l’Ecrin d’Emeraude de représenter une menace sérieuse pour l’Empire si l’armée de Fouessid venait à faire défection à l’Oascité de Di-Dhi : car dans ce cas de figure, le Prince Hezbé aurait-il encore la possibilité de s’imposer militairement contre ses voisins de l’ouest ?

Tout cela arrivera, ou n’arrivera pas. L’avenir de cet univers ne nous appartient plus. Le voici entre vos mains…