La Fondation pour la Mémoire Bravaise présente

Il y a cent ans :

le Déchirement

XXIII-311 – XXIV-95

Catalogue accompagnant la visite de l’exposition au Palais-Coquart

Exposition permanente durant toute l’année XXIV-95

Tarifs d’entrée :

Adulte : 8 braves

Mineur de plus de 3 ans : 4 braves

Enfant de moins de 3 ans : gratuit

Pour chaque entrée, 1 brave sera reversé à l’Association des Familles de Victime du Déchirement.

Qu’on se le dise !

AVANT-PROPOS

Comme son nom l’indique, cette exposition jette toute la lumière sur cette guerre terrible et épouvantable que fut le Déchirement. Terrible parce que cruel, épouvantable parce que fratricide, le Déchirement n’a épargné aucun Bravais : tous nos anciens en ont retiré une blessure, une douleur, ou encore un traumatisant souvenir.

A présent qu’un siècle s’est écoulé, à présent qu’il n’est plus des contemporains de cette guerre qui soit encore en vie, la mémoire s’est enterrée avec les derniers témoins de cette époque troublée, et l’Histoire peut prendre pleinement sa place dans le champ de nos connaissances.

Ce catalogue accompagnera votre visite tout au long de l’exposition. Les thèmes y sont développés en suivant l’ordre du parcours. De l’histoire générale aux héritages laissés par le Déchirement, vous aurez l’occasion de replonger dans une époque charnière de l’histoire de notre nation.

Augmenté d’une chronologie de ces cent dernières années destinée à mettre en lumière les événements de la guerre avec ceux qui l’ont suivi, ce catalogue d’accompagnement a été rédigé de manière synthétique afin d’être rapidement consultable. Les explications les plus détaillées sont laissées aux soins des panneaux d’affichage dont est dotée chaque salle du Palais-Coquart.

Pour une découverte plus vivante encore, des visites accompagnées de guides sont effectuées toutes les heures (le rendez-vous étant fixé à l’accueil, en face de la statue Hector Vugot).

Enfin, nous ne manquons pas de remercier infiniment nos généreux donateurs, messieurs Jules Perböh, Vladimir Kravert, Honoré Jeannot, mesdames Natalya Tour-Gaspard, Kolombe Jussieu, et tout particulièrement monsieur Sergueï Stompp, sans qui cette exposition n’aurait pu voir le jour.

En espérant que le souvenir et ses émotions se joindront à chacune des étapes de cette exposition,

Nous vous souhaitons une bonne et instructive visite,

La Direction du Palais-Coquart

Chronologie de présentation de l’exposition

XXIII-311 – XXIV-95

Pour les plus jeunes d’entre nous que l’âge n’a pas encore pu envoyer sur les bancs de l’éducation nationale, voici une manière simple de comprendre notre calendrier :

Vous n’ignorez pas qu’une année compte 365 jours, dont 1 jour complémentaire tous les 4 ans. Cela, vos parents vous l’ont sûrement déjà maintes fois répété.

Le premier jour de l’année est donc le jour 1. Le second jour est le jour 2 : et ainsi de suite jusqu’au 365. C’est ainsi que l’on écrit que la paix fut signée le 126e jour, ou encore que la XXIVe Constitution fut adoptée dans la nuit du 247e au 248e jour.

Pour mieux s’y retrouver après le changement de datation résultant du changement de Constitution, la correspondance avec la datation de la XXIIIe Constitution est maintenue face aux dates de la XXIVe Constitution. Ainsi trouvera-t-on, par exemple, pour la première année de la XXIVe Constitution, la datation suivante : XXIV-1 (XXIII-316).

Du reste, cette chronologie a été refondue afin d’être présentée de façon claire et concise.

Elaborée par les plus grands historiens de l’Académie des Sciences de Bravenne, cette présentation n’a conservé que les événements-clefs de ce siècle et vise à replacer les événements en perspective les uns des autres.

XXIII-311 : Un cessez-le-feu général est adopté le 50e jour. Soixante-seize jours plus tard (le 126e), et après d’âpres pourparlers, la paix est définitivement signée et ratifiée entre les Fédéralistes et ce qu’il reste du commandement séparatiste.

XXIII-311 : Arrestation du Soudeur sur l’île de Djaëwan. Jugé coupable de crimes de guerre, il parvient à mettre fin à ses jours peu de temps avant son exécution.

XXIII-313 : Un groupe de Parlementaires de la nouvelle Assemblée, baptisé le « conseil des tenaces », parvient à faire adopter la fondation du Pontificat Athéiste d’Etat.

XXIII-314 : Elections de la nouvelle Assemblée de Sirapp. Proposition immédiate d’une XXIVe Constitution, dont les trois axes principaux sont la création d’un statut de président de la République de Bravenne, l’interdiction pour les civils du port d’armes à feu ou à vapeur compressée, ainsi que la nouvelle séparation des pouvoirs judiciaires (Justice Commune & de l’Intérieur ; Justice Pontificale ; Justice Administrative).

XXIII-315 : Après d’interminables pourparlers et de longs mois de relecture du texte de proposition de la nouvelle Constitution, le « vote d’un cheveu » met fin à la XXIIIe Constitution Bravaise et instaure, dans la nuit du 247e au 248e jour, la XXIVe Constitution Bravaise.

Son « an 1 » est décrété à partir du 1er jour de l’année civile suivante.

XXIV-1 (XXIII316) : Passage officiel à la XXIVe Constitution de Bravenne.

XXIV-14 (XXIII329) : Via un décret voté à plus de 80 % des voix, chaque municipalité de Bravenne est désormais tenue de financer et d’ériger un monument aux morts en la mémoire des victimes du Déchirement.

XXIV-21 (XXIII336) : Vote de la loi visant à punir sévèrement les « crimes contre l’immortalité ».

XXIV-24 (XXIII339) : Regroupement à Sirapp des différents corps scientifiques du pays en une seule entité baptisée « Académie des Sciences ».

XXIV-32 (XXIII347) : Arrestation, jugement puis exécution de la criminelle de guerre lutinoïde Lehmanna Nodi. Trois ans plus tard, le même sort est réservé au criminel de guerre orc Rowal. En XXIV – 39 (XXIII – 354), l’humaine Augustine Dupré est également retrouvée puis condamnée à mort pour ses exactions commises durant le Déchirement.

XXIV-34 (XXIII349) : A Artropp, des émeutiers se revendiquant d’un groupuscule Néo-Séparatistes occupent la ville et menacent de redéclencher la guerre. L’armée est envoyée pour mater l’émeute. On dénombrera plus de deux cents morts. A ce jour, ce fut la dernière fois que l’armée fut envoyée sur le théâtre de quelque opération que ce fut.

XXIV-37 (XXIII352) : Instruction obligatoire et gratuite portée jusqu’à 14 ans (au lieu de 12).

XXIV-48 (XXIII-363: Fin de la reconstruction du village de Manapp. La rue « boulangère » est renommée rue « Ferté-Rossand ». Des émeutes éclatent. On comptera vingt-deux morts, avant que l’Assemblée ne cède et remplace la rue « Ferté-Rossand » par la rue « Boulangère-Germaine ».

XXIV-52 (XXIII367) : Mort du criminel de guerre Anatole Mangue, surnommé « l’Ange Noir d’Artropp ». Il ne fut jamais été inquiété ni retrouvé. Sa tombe repose encore à Djaëwan.

XXIV-68 (XXIII383) : Semaines de grèves et d’émeutes à Drunsgabb qui amorcent la fin de la phase des reconstructions appelée « Emballement ». La même année ouvre à Sirapp une exposition de peintures en la Galerie Grigorian, laquelle ne manque pas de scandaliser les vétérans de guerre.

XXIV-95 (XXIII411) : Centenaire de la fin du Déchirement et de la signature de la paix entre les Fédéralistes et les Séparatistes.

Les bilans de l’après-guerre

Le Déchirement provoque une destruction sans précédent de notre société. Les canons autant que l’opiniâtreté des combattants n’épargnent personne. Au sortir de la guerre, un premier rapport daté de XXIII-311 estime que près de 20 millions de personnes ont péri durant le conflit. Dans les années XXIV-20, le groupement des Néo-Séparatistes formé autour de Stüma publie un rapport qui rehausse les chiffres afin de les porter à 22 millions. Ce n’est qu’à la fin des années XXIV-50 et avec le cinquantenaire de la XXIVe Constitution qu’une commission gouvernementale reprend le travail de façon non-partisane et démontre le caractère biaisé des « recherches » entreprises quelques années auparavant par les Néo-Séparatistes de Stüma. Il faut attendre l’an XXIV-87 pour qu’un rapport de l’Agence Nationale d’Analyse des Listings Statistiques (A.N.A.L.S) vienne donner les chiffres les plus précis que nous ayons à ce jour : 14 378 799 tués (6 049 021 civils, 2 783 655 soldats de métier, 5 546 123 combattants improvisés), 17 876 453 blessés, et 6 145 236 portés disparus suite aux combats. Ethniquement parlant, les chiffres des décès et des portés disparus correspondent à 4 303 022 humains, 3 685 401 lutinoïdes, 9 546 823 orcs, et 2 988 789 ogres – pour un terrible total de 20 524 035 pertes humanoïdes.

Aux pertes humanoïdes se sont ajoutés des dégâts matériels non moins considérables. 17 540 km de routes ont été rendus impraticables par les bombardements. 8 millions de maisons détruites, 247 villes détruites à plus de 50 % (dont Testabb, Enialovv et Drunsgabb), 34 villes détruites à plus de 70 % (dont Artropp, Nimeskk, Ouskabb, et Pietrovv) et pas moins de 2 municipalités entièrement rasées (le village de Manapp, et plus particulièrement la ville martyr de Stompp).

Derrière ces chiffres effroyables, et pour la première fois en un siècle de deuil, il convient de présenter au public les blessures « invisibles » causées par le Déchirement. Dans les grandes villes de Bravenne, 1 habitant sur 10 a développé des troubles du sommeil persistants. Les cas de réminiscence morbide et d’atroppite aïgue ont abondé durant toute la guerre. D’autres syndromes plus étranges encore émergent au point de frapper les esprits. Au sortir de la guerre, des voyageurs se rendent sur Djaëwan à bord de l’aéronef B.B.R. Gaws, ou encore à bord du navire Katarina. Dès leur arrivée sur l’île, ils sont victimes d’un étrange cas d’hallucinite collective. Certains de ces passagers ont relaté des visions et des apparitions dignes des plus obscurantistes croyances. D’autres ont même affirmé avoir rencontré des cadavres ambulants, des spectres, ainsi que le défunt Ol’dawess revenu à la vie ! Le professeur Darmöh, de l’Académie des Sciences – dont le propre grand-père a été victime de ces hallucinations – est récemment revenu sur ces rapports et a analysé tout ceci avec recul : « Il vous faut compter l’accident qui a frappé l’aéronef, ainsi que l’attentat dont a été victime le navire. Ces deux événements quasi-simultanés n’auront pas manqué de choquer profondément les passagers qui en furent victimes, puisque ceux-ci devaient s’être crus tirés d’affaire depuis la fin des combats, et se sont retrouvés confrontés à un choc qui ne fut probablement pas sans leur rappeler le fracas terrible des bombardements. Pour le reste, ils se retrouvèrent littéralement enfermés sur l’île. Ce sentiment d’enfermement, joint au drame qui a éclaté avec le surgissement de soldats séparatistes depuis la jungle, n’aura pas manqué de provoquer des hallucinations des plus extravagantes. De ce fait, et n’en déplaise aux bonnes œuvres du Pontificat, on peut comprendre que nos aïeux aient cru voir des morts se relever et des soi-disant « dieux » apparaître en chair et en os ! »

Les Légendes Noires de notre pays

Comme pour toute guerre, le Déchirement produit son lot d’horreurs et de jours sombres. Pourtant, et contrairement à tout ce qu’a pu connaître notre République jusqu’alors, ce conflit voit l’émergence de criminels de guerre de la plus cruelle des consistances. Exactions, violation des lois de la guerre, actes de torture, outrages, massacres de civils et exécutions sommaires de prisonniers : tous ces déshonneurs naissent à cette époque dans les actions de ces individus, et rejaillissent peu à peu, et jusqu’à nos jours, sur notre nation toute entière.

La question des criminels de guerre demeure toujours délicate à traiter de façon publique. Certains responsables se sont récemment étonnés de voir figurer pour la première fois un tel chapitre au sein d’une exposition destinée au grand public. Pour comprendre la lente histoire de la révélation des crimes de guerre et de leurs auteurs, il convient de revenir en l’an XXIII-311…

Il faut imaginer le chaos dans lequel notre pays est plongé au sortir de la guerre civile. Les administrations, les hôpitaux, les forces de l’ordre elles-mêmes, tout cela peine à se remettre en action et à retrouver un fonctionnement correct – en cause, notamment, la mauvaise confusion des genres qui a perduré entre les tribunaux civils et les tribunaux militaires, laquelle ne manque pas, dans certains cas, de permettre la fuite d’un grand nombre de criminels avérés. Si aujourd’hui certaines associations de familles de victime dénoncent la lenteur des procédures et des arrestations entamées dès la fin du Déchirement, on peut également observer chez les historiens un renouveau de la question et une vision plus nuancée des choses. Comme le souligne l’historienne Hernanda : « La Bravenne a souvent blâmé la lenteur, sinon le laxisme des autorités en matière de traque, d’arrestation et enfin d’inculpation des plus grands criminels de guerre du pays. Pourtant, de récents travaux ont démontré qu’au contraire, le pays avait fait preuve d’une réactivité étonnante concernant ces questions, puisque la traque des criminels de guerre fut déclarée prioritaire par rapport à d’autres sujets, tel la reconstruction, l’aide aux démunis, ou encore les pensions de guerre à verser aux grands mutilés. »

Le Déchirement révèle le pire que notre pays ait pu produire. Des criminels de guerre sont retrouvés, tandis que d’autres réussissent à couler des jours heureux et à mourir de leur belle mort, tel le professeur Anatole Mangue, décédé en XXIV-52, lequel aurait formé des habitants des îles à la chirurgie esthétique et les aurait payés pour qu’ils s’occupent de modifier les traits de son propre visage.

 A gauche : photographie d'Anatole Mangue prise lors 
de son arrivée sur l'île de Djaëwan en XXIII-311.

A droite : photographie rarissime d'Anatole Mangue 
prise environs vingt-cinq années plus tard, 
sur l'île de Djaëwan (vers XXIV-20).

Certains criminels réussissent à « voler » leur procès aux citoyens bravais. Citons deux cas : en XXIII-311, le Soudeur – ogre considéré à l’époque comme le criminel séparatiste le plus recherché du pays – est capturé puis mis aux fers. Il parvient à mettre fin à ses jours en s’emparant d’un pistolet à vapeur compressée, avant de se tirer une balle dans la bouche. Il n’est jugé pour ses crimes que post-mortem, et les associations de victimes fondées à cette époque continuent de réclamer justice et réparation à l’Etat.

Le cas de Jeyna Sans-Pitié est également symptomatique de ces procès « volés » : la jeune femme ayant réussi à se faire perdre volontairement la mémoire en inhalant une grande quantité de gaz mémoricide, elle est jugée coupable en XXIII-311, mais non-responsable de ses exécutions par balles de bagnards. Son avocate déclare à son procès que « [Jeyna] n’a agi que dans le but de libérer des places dans un bagne qui, faute d’une telle décision terrible, aurait explosé en insurrection et ainsi provoqué bien davantage de victimes du côté des surveillants pénitentiaires… »

Par chance, certains de ces criminels hors-normes sont arrêtés, telle la lutinoïde Lehmanna Nodi en XXIV-32, l’orc Rowal en XXIV-35, ou encore l’humaine Augustine Dupré en XXIV-39. Ces dates tardives traduisent deux choses : d’abord, que la Bravenne n’a jamais cessé et continue encore de traquer ses criminels de guerre. Ensuite, ces traques sans relâche prouvent que ces criminels de guerre peuvent bien croire qu’ils pourront couler des jours heureux, l’Histoire et la Justice finiront toujours par les rattraper. La Juge Alena Auguste de l’Estoile a toutefois mis en garde le président sortant Mirapeïv via une interview accordée il y a deux ans au journal Le Sirappien : « La Justice a connu des lenteurs au sortir de la guerre : j’en veux pour cause et preuve l’imbroglio qui résulta de la non-séparation de la justice militaire avec la justice civile […] Les procédures furent longues à mettre en place, et furent souvent retardées par d’inimaginables lourdeurs administratives. Or, n’oublions pas les principes de notre pays : d’un côté, tout descendant d’un criminel de guerre est condamnable pour les crimes de son aïeul, la seule circonstance atténuante étant l’éloignement générationnel pouvant séparer l’auteur du crime de son descendant. De l’autre, notre loi est formelle : les crimes de guerre seront prescrits passés cent ans après la période supposée de leur exécution. Dans le cas présent, cela signifie qu’une amnistie générale sera prononcée dans le courant de l’an XXIV-96 à l’encontre des descendants de criminels de guerre dont les aïeux n’auraient pas été arrêtés ni condamnés à quelque peine que ce fût […] »

Ci-dessus : Photographie de Lehmanna Nodi (à gauche),
vraisemblablement prise à Artropp vers XXIII-310.

Enfin, si la question des criminels de guerre cristallise les attentions de la Justice bravaise, peu de considérations ont à ce jour été manifestées à l’égard des victimes. De fait, et bien que l’Amicale des Victimes de Criminels de Guerre (A.V.C.G.) ait considérablement milité pour que soient recherchés les cadavres des victimes, celle-ci affirmerait que « plus de la moitié des victimes des criminels de guerre auraient été abandonnées à l’oubli populaire et au mépris des classes dirigeantes, croupissant dans d’abjects charniers et autres fosses communes improvisés par les intempéries et les ensevelissements du temps. »

Le renouveau de la vie politique et des institutions d’Etat

Tout aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est guère le Déchirement en lui-même qui met fin à la XXIIIe Constitution. « Une Constitution née de la guerre mourra avec la guerre » prédit le député Ferté-Rossand en XXIII-285, tandis qu’il observe à la fenêtre de son balcon les premiers affrontements qui donneront lieu au Déchirement. Rappelons que la XXIIIe Constitution avait été instituée dans le but d’exporter la conquête bravaise dans le monde entier, et même outre-mer. En XXIII-313, un groupe de Parlementaires de la nouvelle Assemblée se réunit en ce qui sera par la suite baptisé le « conseil des tenaces ». Ils font tant pression sur la nouvelle Assemblée qu’ils parviennent à faire passer certaines idées qui étonnent pour l’époque, telle la fondation d’un Pontificat Athéiste d’Etat destiné à lutter contre les mouvements de sectes et de leurs gourous. Toutefois, la force de conviction de ces quelques élus, ainsi que l’agitation du spectre des Sacrificiels, Défenciels et autres Adorateurs du Temps, parvient à convaincre la majorité de voter dans le sens de cette proposition qui fait date dans l’histoire de notre pays. Cette influence des esprits tient son explication en quelques points que les historiens et les psychologues de notre temps ont tenté d’éclaircir au mieux. Tout d’abord, il n’est guère à oublier que cette Assemblée était constituée d’un personnel politique parfois totalement inexpérimenté – en cause la saignée des vingt-neuf années précédentes qui avait emporté tour à tour tous les anciens parlementaires. Puis, il convient aujourd’hui de penser que l’idéologie Fédéraliste ne devait sa victoire qu’à la reddition des Séparatistes. Sur ce point, la meilleure explication à ce jour revient à l’ex-Parlementaire Janusöh, lequel a déclaré, dans une interview accordée en XIV-56 au journal L’Artropp Libre : « A l’époque, je n’avais que vingt-quatre ans lorsque j’ai été « poussé » à m’asseoir sur les sièges du Parlement. Le pays avait soif de démocratie et de décisions prises par le verbe plutôt que le fusil. Si les Fédéralistes avaient toutes les cartes en main, ils redoutaient qu’à tout moment le jeu leur échappât. Personne n’avait de vision claire et précise de ce que possédaient encore les Séparatistes. Combien leur restait-il de combattants ? Combien de sympathisants ? Combien d’industriels prêts à financer la poursuite de la guerre ? Combien d’armes, de munitions ? Personne ne pouvait estimer cela, et tout le monde s’en faisait une montagne de chimères […] assez effrayante toutefois pour confiner les nouveaux Parlementaires à la prudence. Changer de Constitution dès la fin de la guerre, c’aurait été une façon d’accabler davantage encore les vaincus. On les avait déjà rendus responsables de la guerre aux yeux de tous : il aurait été un mauvais calcul de notre part d’en faire de surcroît les responsables de l’écroulement d’une institution de plusieurs siècles [la XXIIIe Constitution, ndla]. Je pense que c’est pour cela que nous avons maintenu cette XXIIIe Constitution dont du reste plus personne ne voulait. L’histoire nous a donné raison : je suis prêt à parier que nous avons évité une réplique du séisme Séparatiste grâce à cette concession. Et puis, deux ans plus tard, à grand renforts d’arguments détournés, cela fut bien plus aisé de remplacer la XXIIIe par la XXIVe […] »

En XXIII-315, ces bilans à donner le tournis et ces scandales au sujet des criminels de guerre font définitivement vaciller la XXIIIe Constitution au profit d’une XXIVe. Les trois principaux amendements de la nouvelle Constitution deviennent les suivants : le désarmement total des populations civiles, l’instauration d’une présidence sous forme de sextennat – rappelons que nos grands-parents n’ont jamais connu que la gouvernance du pays par un Parlement – ainsi que la séparation de la justice civile bravaise en trois entités plutôt qu’une seule. De ce fait, la justice dite « commune » revient aux magistrats chargés de juger les affaires courantes, mais également les crimes de guerre. En second lieu, la justice dite « administrative » revient intégralement aux corps scientifiques du pays. Enfin, la justice de la pensée et des croyances revient au Pontificat Athéiste d’Etat que le « conseil des tenaces » a su instituer deux ans plus tôt. En XXIV-24, un amendement décide de regrouper à Sirapp tous les corps scientifiques du pays, et cela en une gigantesque Académie des Sciences, détentrice de toutes les autorités compétentes à délivrer brevets et autorisations à caractère administratif. Dans le même temps, le siège du Pontificat doit se résoudre à ouvrir des points de relais de son autorité dans toutes les grandes villes du pays – excepté outre-mer.

Ci-dessus : les trois symboles formant le triangle des Justices Bravaises. 
Leurs visuels sont restés inchangés depuis leur création en XXIV-24. 

L’après-guerre et son impact sur la société

Avec le Déchirement, la Bravenne assiste à un déplacement sans précédent de sa population civile. Si certains ont fui le combat dans l’attente de pouvoir retourner chez eux, d’autres ont au contraire quitté leur foyer pour ne plus jamais y revenir. Les fichiers de l’Etat Civil comptent également un nombre considérable de disparitions. De récents travaux ont conclu que ces phénomènes résultaient d’une double impulsion : d’un côté, les témoignages s’accordent à dire que beaucoup de familles qui croyaient pouvoir supporter la guerre dans la rue voisine ont fini, à force d’années d’enlisement de la guerre et d’usure de leur moral, par céder face à leurs résolutions premières pour plier bagages. De l’autre, il convient de ne point oublier toutes ces personnes menacées, recherchées, voire traquées, par un camp ou par un autre, et qui ont pris soin de se donner une nouvelle identité. Ces phénomènes ont pu être mis au jour grâce à l’étude des carnets de comptes de ces « passeurs » qui s’enrichissaient sur la fabrication de nouvelles identités pour leurs clients.

Ces déplacements autant que ces peurs ont contribué à ce que les historiens appellent « l’éclatement des familles ». De nombreuses familles ont ainsi été séparées par le conflit, avant de chercher à se retrouver par la suite. A l’inverse, certains ont profité de cet éloignement pour renier leurs origines. De fait, et par le jeu des mariages, certains noms de famille se sont perdus, tandis que d’autres se sont maintenus. Dans une poignante lettre (disposée en vitrine 23-A pour lecture), le journaliste Ermyanski adresse à ses enfants, que la guerre lui avait arraché, un pardon et des adieux déchirants : elle résume à elle seule ces deux phénomènes que furent l’éloignement et le reniement.

Paradoxalement, l’éclatement des familles contribue au contraire à la réunification de la société, notamment au travers du sport. Bien qu’elle existe déjà sous une forme plus archaïque au temps des Chevaliers de Bravenne, la Batte devient dès les années XXIV-10 le sport le plus populaire du pays – dépassant de loin la boxe qui pourtant avait su amuser des années durant tant la métropole que les îles. Les noms des grands boxeurs, tels Dudley ou encore Chergui, sont rapidement supplantés par les noms des grands joueurs de Batte tels Nizéro, Jobimo, ou encore, plus récemment, Haro et Koëski.

Du point de vue du travail, de nouveaux droits apparaissent pour les métiers qualifiés « difficiles ». Ainsi, les travaux d’ouvriers ou encore de domestiques sont interdits sur une durée de plus de douze heures consécutives. En marge de ces acquis sociaux, la législation en matière de subordination de l’employé à l’employeur est assouplie, et ainsi deviennent interdits les châtiments corporels qui avaient été réintroduits dans le panel des punitions autorisées à l’encontre des employés désobéissants ou rendus coupables de fautes durant leur temps de service auprès de leur patron.

Enfin, d’un point de vue éducatif et social, il advient rapidement que l’apprentissage doit devenir le ciment de la nouvelle ère de paix qui s’ouvre après la fin du Déchirement. En XXIV-37, la scolarité obligatoire et gratuite est portée jusqu’à quatorze ans (au lieu de douze auparavant). L’histoire du pays, et notamment celle de la période allant de l’âge d’or des guerres de libérations des Jamünds jusqu’à la fin du Déchirement, se met alors à occuper une large part des programmes scolaires. L’historien Jako Jaekk précise ceci : « Un peuple qui, dès sa jeunesse, apprend, comprend, intègre, juge et critique avec lucidité les causes de nos malheurs, sera à même de ne plus laisser ces malheurs se reproduire. L’histoire des heures sombres du Séparatisme ne doit point être oubliée, quand bien même l’œuvre du temps viserait à atténuer les responsabilités de ce courant de pensée anarchisant et ultra-violent qui faillit renverser notre République bien-aimée… »

La reconstruction du pays

Avant le Déchirement, les urbanistes avaient observé un net engouement de la société pour une distinction de plus en plus stricte entre le paysage des villes et celui des campagnes. Dans les années XXIII-240 à XXIII-285, on voit fleurir dans les villes de Bravenne des tours de logements empilées, tandis que les campagnes semblaient vouées à l’inertie la plus totale. Dans la région de Dumbledd, on peut observer, en XXIII-311, un saisissant contraste : dans les faubourgs de la ville portuaire, des maisons datant de l’époque des Chevaliers de Bravenne sont rénovées « à l’identique », et cela au moment même où l’on construisait, cent mètres plus loin, des tours de logement qui par la suite furent anéanties par les obus durant le conflit.

Après l’an XXIII-311, le pays connaît une reconstruction que les historiens s’accordent aujourd’hui à découper en trois phases chronologiques : les Balbutiements (de XXIII-311 à XXIV-15) ; l’Emballement (de XXIV-16 à XXIV-69) ; l’Inachèvement (de XXIV-70 à nos jours).

Le terme quelque peu péjoratif de « Balbutiement » qualifie les atermoiements et autres formes d’hésitations dont souffrent les entrepreneurs d’Etat et privés au sortir de la guerre. A cause des tensions politiques encore fort présentes, beaucoup de projets restent à l’état de promesse. La crainte de voir ressurgir le conflit est agitée comme un épouvantail durant les deux premières années du Balbutiement. Puis, suite à l’avènement de la XXIVe Constitution, les entrepreneurs retrouvent assez de confiance pour débloquer les fonds nécessaires aux reconstructions massives.

La phase dite de l’Emballement voit la réalisation des projets annoncés quelques années plus tôt. Toutefois, les mentalités d’après-guerre ne sont plus celles d’avant-guerre. De ce fait, la demande sociale modifie en profondeur la nature des projets. La multiplication des automobiles à vapeur donne d’abord lieu à une nécessité de construire de nouvelles routes, mieux adaptées à cette forme de circulation. Des sommes colossales sont également investies dans la construction de nouveaux édifices, tel le somptueux palais bâti afin d’accueillir l’Académie des Sciences à Sirapp. Chaque nouveau projet est un pari sur l’avenir, aux conséquences parfois bien incertaines : les jeux de l’offre et de la demande s’accélèrent tant que des entreprises entières s’effondrent dans l’opération (Donomak Immobilier, Caruso, Ellion Corporation), tandis que des sociétés-champignon se mettent à faire fortune en un rien de temps (Vigorian, Immobravenne).

Enfin, la folie des grands projets trouve bientôt ses limites, ce qui marque le début de la phase dite de « L’Inachèvement ». En effet, tous les projets de reconstruction ne font pas l’unanimité : en témoigne cette violente manifestation qui fait vingt-deux morts à Manapp en XXIV-48. La population s’y soulève, furieuse d’apprendre que l’Etat veut renommer la rue « Boulangère » en rue « Ferté-Rossand » – du nom de ce personnage politique que l’on accusait d’avoir autorisé à maintes reprises les bombardements sur ce petit village. Le compromis est finalement trouvé lorsque le président Yukuzof décrète que la rue sera à la place rebaptisée « Boulangère-Germaine » – ce qui met fin aux violentes contestations.

Du reste, ce sont également les colossaux projets de constructions en série de tours de logements empilées qui avortent en cours de chantier. Les raisons de ces abandons par le Groupement des Ferrailleurs de Bravenne demeurent obscures, mais elles laissent dans le paysage quantité de tours inachevées qui prendront avec le temps le sinistre visage de lieux abandonnés.

C’est ainsi que le contraste s’opère encore aujourd’hui dans nos villes, où les quartiers traditionnels ont été conservés, sinon restaurés à l’identique, tandis que les quartiers les plus touchés par les destructions furent reconstruits dans un style bien plus contemporain. Harmonie des architectures ou faute de goût avérée ? Chacun peut encore en juger aujourd’hui, et seul l’habitant de métropole pourrait se faire une idée personnelle de ces saisissants contrastes.

La culture d’après-guerre

A travers les combats et les difficiles conditions de vie, c’est toute une culture de la guerre qui se développe pendant et après le conflit. La littérature, la peinture, la mode et les coutumes sont profondément bouleversées par le Déchirement.

Des chansons fort célèbres comme En avant les orcs de Grabowski naissent au sein des compagnies de combattants qui veulent se donner du courage avant la charge. Dans un autre registre, de véritables succès sont désormais ancrés dans le patrimoine musical de notre pays, et les ondes des radios ne manquent pas de diffuser encore aujourd’hui de ces chefs-d’œuvre que sont Jean-qu’on-fusille de Karmeo, ou encore Ma Bravenne de Jodoski. De la guerre civile naît une mode que l’on dit inspirée des combats de rue. Bien que les tenues évoluent avec le temps, le goût prononcé pour les habits confortables et qui permettent le mouvement demeure apprécié.

Dans notre vie quotidienne, nombre de nos pratiques sont directement issues de traditions héritées de la guerre. Ainsi, tous les 126e jours de l’année, la commémoration de la paix veut que les familles bravaises respectueuses de nos morts mangent à table sur des nappes noires avec pour seul éclairage celui des bougies. La sociologue Jonquille Yvankaya nous éclaire à ce sujet : « Il s’agit moins là d’une forme de mise en scène du recueillement que d’une forme de respect et d’hommage rendu à nos aïeux. En effet, cette façon de manger sobrement et dans un confort des plus relatifs ne se produit qu’une fois par an pour nous : or, pour nos anciens qui ont connu la guerre, manger à la bougie le soir fut parfois un bien grand luxe, et cela au même titre que de disposer d’une table, de couverts, voire tout simplement de nourriture pour garnir son ventre […] »

Arrêt sur image : XXIV-68, l’exposition culturelle qui dérange

Les crises sociales qui secouent les usines de Drunsgabb ne sont point encore terminées que, la même année, à Sirapp, une exposition d’art ouvre aux Galeries Grigorian sur le thème du Déchirement. Les toiles qui y sont exposées sont signées Djalubb, Mervé, ou encore Pigot et représentent des scènes de la guerre de façon si imagée, romancée, inventée, que cela provoque un véritable tollé d’indignation chez les vétérans du Déchirement. Lisons à ce sujet la lettre rédigée de sa seule main restante par l’ex-soldat nonagénaire Hektor Burpin, rescapé d’Artropp en XXIII-311, et envoyée aux responsables de l’exposition après qu’il en eu fait lui-même la visite :

« […] or, j’ai visité ce jour cette injure qui porte encore le nom d’art et qui n’est rien d’autre qu’une insulte à la mémoire de ceux qui ont péri sous les obus des canons Sederberg. J’ai moi-même manqué de mourir à Artropp. J’ai vécu par la suite d’excipients, tout du moins, j’ai survécu grâce à ce que ma validité me permettait d’accomplir dans la vie active. Permettez-moi d’ajouter, monsieur, que cette vision niaise aperçue dans ces croûtes occulte la souffrance de toute une génération de sacrifiés sur l’autel de la patrie. Ces soi-disant artistes issus d’une jeunesse en mal de repères, ces maladroits manieurs de pinceaux, voyez : eussent-ils entendu le vacarme des détonations, eussent-ils vu leurs camarades tomber comme des mouches, eussent-ils comme moi perdu un bras contre un obus, eh bien, croyez-moi qu’ils ne se seraient jamais permis de peindre de telles ignominies. J’ai vu dans ces croûtes des soldats souriants, des ciels bleus sans fumée, des soleils rayonnants, et la présence d’oiseaux posés sur les branches des arbres. Ah, monsieur ! Voilà ce qu’ils s’imaginent d’Artropp et de son enfer ? J’y étais, monsieur : et croyez-bien que je ne vous félicite pas d’avoir autorisé l’exposition de ces fantasmes de jeunes enfants en mal d’imagination […] »

Enfin, il est à noter que les destructions massives opérées durant le Déchirement donnent lieu, dès la fin de la guerre, à un puissant sentiment de préservation du patrimoine. En XXIV-21 est voté une loi dite de « crime contre l’immortalité », laquelle consiste à juger sévèrement tout altérateur ou destructeur d’œuvres d’art, c’est-à-dire d’œuvres irremplaçables et destinées à traverser le temps de façon « immortelle ».

Les héritages laissés par la guerre

Le Déchirement constitue un moment terrible de notre histoire qui cependant voit la guerre lui dicter un besoin d’innovations sans précédent.

Lorsque débute le conflit en XXIII-285, les Bravais s’équipent encore d’armures et d’épées et font la guerre à cheval ou à coup de trébuchets. A la fin de la guerre, les combattants revêtent des tenues de combat légères et souples, usent de fusils à vapeur compressée et font usage de canons.

Aujourd’hui, et bien que les citoyens ne soient plus autorisés à porter d’armes, il nous est resté une série d’inventions dont l’usage initialement guerrier s’est admirablement converti à un usage civil des plus utiles, tels l’automobile à vapeur, le train, le télégraphe, l’aéronef et, dans les années qui suivent la fin du Déchirement, l’arrivée dans les foyers du téléphone, de l’enregistreur à voix, de la lampe, du compte en banque automatisé et du poste radiophonique.

De nos jours, plus aucun bâtiment officiel ne se passe d’un standard téléphonique, ni même d’une borne bancaire.

Pourtant, cet héritage technologique ne doit pas faire oublier les conditions dans lesquels il a été développé. Toutes ces inventions merveilleuses sont à l’origine destinées à poursuivre la guerre, et ainsi à augmenter le nombre de victimes dans le camp adverse. Notre héritage mémoriel n’est ainsi pas en reste, puisque, en XXIV-12, l’Association des Familles de Victime et d’Anciens Combattants demande à ce que chaque ville et chaque village de la patrie « n’oublie jamais les victimes de la guerre et dresse un monument aux morts au centre de sa municipalité ». Il faut attendre deux années de plus pour qu’un accord arbitré par l’Etat soit signé et donne satisfaction tant aux entrepreneurs qu’aux associations de défense de la mémoire : de fait, en XXIV-14, une loi est votée dans le but d’obliger chaque commune du pays à financier la construction de son propre monument aux morts en mémoire des victimes du Déchirement.

Cette érection de statues et de monuments contribue dès les années XXIV-20 à ancrer l’athéisme d’Etat au sein des mentalités. En effet, chaque monument constitue le seul et unique repère mémoriel autorisé, et permet ainsi aux citoyens de se recueillir à la mémoire des victimes : en cela, le monument remplace toute forme de culte ou de secte, tandis que le Pontificat répond à la demande populaire et lance de grandes chasses aux croyants et autres gourous. Dès les années XXIV-30, des études sont commandées par l’Etat afin de démontrer la sinistre influence des sectes et de leurs dogmes durant le Déchirement. Le professeur Stropoff conclut son rapport en ces termes : « […] Il convient alors d’observer le basculement flagrant de l’état d’esprit moral et spirituel de notre société. Avant la guerre, et même, si on remonte plus loin, au temps des guerres de libération menées contre les tyrans des Jamünds, nos Chevaliers autant que nos concitoyens ne juraient que par les personnifications de « Liberté » et d’« Indépendance », et louaient la « République » comme seul idéal allégorique salvateur de notre civilisation. Dès les premières années de la guerre, ce même peuple bravais qui avait combattu les prétendus « chamans » et autres « sorciers » sur les îles des Jamünds se mit à croire en des superstitions proches de celles de leurs ennemis d’hier. Ainsi a-t-on vu émerger des cultes pseudo-miraculeux, voire pseudo-nécromantiques, et ainsi nos concitoyens en ont-ils oublié le sens des valeurs de l’athéisme et de la raison éclairée par de saines pensées. Il ne fait désormais plus aucun doute que l’appartenance à ces mouvements sectaires a largement contribué au prolongement de la guerre, et cela à cause du sentiment de haine guerrière qu’elle parvint à glisser dans les têtes de nos aïeux […] »

Achevé d’imprimer sur les Presses Lagier & fils, 44 rue des Chevaliers de Bravenne, à Sirapp